vendredi, août 05, 2022

LA TRANSAT... renommée L'ANTICYCLONE DE MES AÇORES...


LE VOYAGE


J’avais été clair au moment du recrutement: une transat c’est une semaine à 10 jours de près et au portant direct vers les Açores. Soit 19/20 jours.. Lucile et Delphin (débutants purs) forts de ces informations ont donc signé pour une transat. Je leur ai quand même proposé une sortie sur BALIDAR pour qu’ils voient l’état de la mer dans les canaux et ce qu’on aura comme menu au départ. Ils ont validé. Le départ est fixé au 7 juin. Patrick le quatrième larron décline un restau avec le propriétaire Bernard et aussi un apéro de départ. Bizarre… Et bien non, au moment du test antigénique Patrick est positif ++. Départ reporté. 


J’en profite pour faire une prise en main du bateau avec un AR vers Sainte Lucie. Ce n’est pas du luxe car avec la GV sur enrouleur et autres découvertes il y a du boulot. 


C’est donc le 10 juin une fois que l’équipage est testé négatif qu’on prend le large. En fait pas pour très longtemps car la météo nous surprend avec 20/25 nds de vent d’Est Nord Est et rafales de 35 nds pour la nuit. Il y a déjà 2 malades. (dont un qui le restera 26 jours) On fait donc un stop au Robert. 


Le lendemain c’est le vrai départ. En fait de près notre yacht fait plutôt du bon plein. GV sur enrouleur ça calme… Et on monte, on monte, on monte. Et au fur et à mesure que l’on monte l’anticyclone monte aussi… Donc 10 jours  après le départ on est là. Normalement l'anticyclone est plus bas et ça passe direct cap à l'est. On a aussi un routeur qui nous annonce le 18 juin que ça ne passe pas vers le nord il faut faire de l’est. Comme c’est calme, moteur pour 36 h.. et bilan ça ne passe pas…  faut faire du nord.


On repart au nord à la voile.. et c’est ainsi que 15 jours après le départ on se retrouvera dans la brume et le froid à 250 miles de terre-neuve. Et là on eu très froid. Même pour faire la vaisselle. 



Ah oui j’avais oublié. Sur le bateau il n’y a pas de robinet eau de mer à l’intérieur alors comme il faut économiser l’eau douce on la fait à l’extérieur et on prend l’eau au seau comme au puits à l’ancienne. Y a que Patrick que ça arrange car dedans il vomit tout de suite. Dehors ça va… à peu près.  

À un moment (au bout de 15 jours, le 26 juin) on commence à faire de l’est en passant au dessus de l’anticyclone et maintenant faut redescendre.,, les Açores c’est plus bas dans le sud est. On redescend, doucement. Et là y a encore un anticyclone. Ras le bol on va le traverser… à 2 nds ça prend du temps: on prend la douche, on joue aux cartes: la SCOPA a un certain succès.. et à la sortie de l’anticyclone (de mes Açores) il reste 360 miles à faire. Et devinez quoi ? Vent de SE pile poil dans le nez et soutenu. Il nous faudra 5 jours pour voir poindre l’île de Florès… et Lages le port unique. 3000 miles parcourus pour 2200 en route directe. (théorique) 


Bon là à Florès ce n’est pas simple.. normalement le port est interdit car la digue a été détruite par le cyclone Lorenzo en 2019 mais il y a quelques voiliers et pas de place. Après maints essais et slaloms on se trouve une place à quai, juste la longueur du bateau. Si la première nuit fut correcte la seconde plutôt rock and roll, la houle entrant dans le port. 


Direction Horta sur l’île de Faial… 24 h plus tard il nous faut à nouveau 2 h pour trouver un stationnement. Ah Horta !!! Ses navigateurs aventuriers, son bar historique « Chez Peter ». Quand on aime on ne compte pas on a donc fait les 4 fermetures du bar sur les 5 passées sur place…On a retrouvé Peter un navigateur rencontré à Florès, Jean Noël parti de Martinique, l’équipage de Falbala qui finit un tour du monde, rencontré Yann sur son Baluchon de 4 m..: et puis Dominique et ses Québécoises Christine et Hélène, sans oublier Aïssa et Elisabeth, Suédoises en 
vacances. 




Pendant ce temps là, notre artiste du bord, Lucile, a réalisé la fresque traditionnelle que les navigateurs laissent à leur passage. Une réussite. Mais bon si c’est toujours un déchirement que de quitter Horta, faut y aller, 1050 miles nous séparent de Gibraltar. 


On est en route directe pour la première fois c’est bon pour le moral… L’arrivée sur le sud Portugal dans un alizé Portugais soutenu nous permettra de tester les 2 ris dans la GV et la trinquette à 2 ris également. Agité tout ça. Notre spécialiste météo du bord nous annonce que c’est bon pour passer le détroit: peu de vent et courant favorable. On s’en approche en tirant des bords… oui mais le vent se renforce.. étrange… La VHF étant allumée je capte Radio Tanger qui en Arabe, Espagnol, Anglais (je préfère l’Anglais dans ces moments là) annonce un avis de grand frais pour la nuit et force 6 le lendemain. On fait donc demi tour vers Cadix distante de 25 miles. 



Patrick étant un peu juste au niveau timing pour son retour vers la Martinique, nous quitte prématurément. Il va retrouver sa chère terre ferme… C’est donc à trois que nous poursuivons le convoyage. L’équipage de Falbala est juste derrière et cette fois-ci le passage de Gibraltar se fait en douceur. 


S’en suivent 3 jours de pétole et donc de moteur. Arrêt prévu à Alicante car Lucile et Delphin sont un peu justes aussi au niveau timing. Ils débarquent et Bernard le propriétaire du bateau me rejoint pour le dernier tronçon. 



Trois nuits plus tard, Phaeton est maintenant au sec, à sa destination. et en bon état. Un bon coup de nettoyage coque, pont, plus karcher sur les oeuvres vives et c'est fini...



LES HISTOIRES DU BORD...

Notre parcours unique... 3000 mn pour 2200 en ligne directe... Et en tout 5875 miles au compteur...




Le mythique bar "CAFÉ SPORT" chez Peter à Horta... l'endroit dont on a du mal à s'extraire,
lieu de rencontre uniques: de marins, de vacanciers, d'aventuriers...


Fabrication du pain au bout d'une semaine sous les conseils de Lucile.


J'ai tenu tous les jours à servir le petit déjeuner: boisson chaude, pain grillé, miel, beurre, confiture. Je l'ai le plus souvent pris avec Lucile qui était de quart à avec moi à cette heure matinale. C'est bon pour le moral.



Le deuxième jour le four nous a lâché
: l'axe de rotation cassé net, four bloqué, plus de cardan pour épouser les mouvements du bateau. L'inquiétude est montée vite car il y avait promesse de gâteaux pour les 2 anniversaires à venir.



Dès que le vent a molli on a fini par pouvoir réparer le four. Delphin a eu droit à un far Breton.

Patrick une tarte aux pommes.

La panoplie du désespéré du mal de mer: Menthe poivrée, bracelet points acuponcture, mer calm, stugeron, vomidrine et doliprane quand rien n'y a fait...




On a croisé énormément de "galères portugaises" ... à ne pas toucher car très toxiques.






Et on a établi des records... certains collectifs d'autres plus individuels.
Record de la traversée la plus longue: 26 jours entre La Martinique et Florès.
Record du mal de mer durant 26 jours pour Patrick avec médocs à profusion. J'ai contacté le Guinness World Records pour le valider.
4 fermetures de bar chez Peter sur 5 jours d'escale.


Et des rencontres d'exception: Yann Quenet qui finit son tour du monde sur un bateau de 4 m construit par lui même.
Un modèle de sobriété, d'abnégation, mais aussi de l'humour, du recul quand à son voyage.



Champagne bien mérité à l'arrivée à Florès... Mais ce n'est pas le seul endroit où on a bu des coups.


On a pêché 5 poissons mais on en a mangé que 3...  préservons les stocks.




Qu’on se le dise à notre époque faite une transat est d’une grande facilité : entre la cartographie électronique, l’AIS, l’iridium, la balise de détresse, la VHF ASN, on limite beaucoup la prise de risques et on privilégie le confort. C’est avant tout une expérience humaine. Une transat réussie c’est quand au moment de se quitter, on reste ami ou qu’on le devient.

9 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Excellent récit comme d’habitude et belle longue transat mouvementé, plus pour certain semble t’il !! Ta conclusion résume bien tout le reste . Bravo à tous

11:47 AM  
Anonymous Anonyme said...

Yannick

11:47 AM  
Anonymous Anonyme said...

ça donne envie!....euh non finalement ! Super aventures mais avec un skipper aussi aguerri que toi, tout passe!

4:16 AM  
Anonymous Anonyme said...

Nos deux trans-Gascogne en moins de quinze jours (et cabotage aux Asturies) passeraient presque pour une promenade de santé (ce qui n’a pas été toujours le cas … le golfe, même en été, ça reste un challenge) !
Bravo à tout l’équipage 👍
Christian.

5:38 AM  
Anonymous Olivier Beguin said...

Ça doit être un des bénéfices de l'avancée en âge : on prend le temps, rien ne presse....
C'est dommage de ne pas avoir de pompe à eau de mer, ça empêche le café salé !!
Bon séjour sur le plancher des vaches!!

5:51 AM  
Anonymous P. said...

Une pensée compatissante pour Patrick

12:57 AM  
Anonymous Anonyme said...

Belle aventure, ça fait bien envie🙂. Au plaisir. Claire

1:54 PM  
Anonymous Anonyme said...

Une transat plus compliquée que celle que nous avons faite ensemble ! Mais manifestement l'ambiance n'était pas moins bonne.
Souvenirs et amitiés
Antoine

6:06 AM  
Anonymous Patrick said...

Merci 🤪

6:34 AM  

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