POUR LES PASSIONNÉS D'HISTOIRE
LE ROCHER DU DIAMANT (acte 2)
En l'espace d'une semaine, hommes et matériel sont débarqués en une noria incessante. Des forges sont mises en route, des passages tracés, aplanis à l'explosif. Poutre, briques, sable et mortier sont débarqués de Sainte Lucie pour l'édification des batteries, de remparts de protection et d'une citerne d'eau douce de 14 000litres. Depuis la côte, les français épient l'agitation soudaine. Certains se félicitent du retour des anglais, reprochant à Bonaparte d'encourager la production de sucre de betterave... Qui menace les exportations locales.
Les Anglais construisent au bas du rocher un chemin de ronde fortifié de 120 mètres de Long sur 4,50 m de large, donnant accès à des casemates d'habitation et de matériel. Trois batteries: Centaure's battery, Maurice's battery et Queen's battery sont disposées un peu au dessus de l'eau et armées avec des canons débarqués au prix d'un travail pharaonique. Dans des grottes nettoyées, on installe tentes, hamacs, cuisines et réserves. Le 1er février 1804, Samuel Hood fait officiellement du Diamant un navire de la couronne Britannique, "His Majesty sloop of warn Diamond Rock", et promeut James Maurice commandant. L'îlot intégre la Royal Navy au premier des navires hors classification, "sloop of war", désignation générique des navires à un seul pont et deux ou trois mats, armés de seize à dix-huit canons.
Un homme venu là en visiteur éclairé, apprécie particulièrement son séjour. John Eckstein, artiste d'origine allemande, obtient à la mi-janvier de passer six semaines sur le rocher pour y témoigner de l'emprise anglaise et y saisir des scènes de la vie quotidienne. Parvenu sur le rocher termitière, l'homme compare l'endroit à l'île de Robinson Crusoé : "La fumée des marmites et des bouillons s'élève, la lumière éclaire les grottes. La nuit le bruit continuel du ressac n'est troublé que par les échanges des sentinelles et les cris des oiseaux."
Sans les aquatintes * qu'Eckstein fera graver à Londres, qui se souviendrait aujourd'hui de l'histoire du HMS Diamond Rock?
L'établissement de la batterie sommitale, dite "Diamond´s battery", armée de deux canons longue portée venus d'Antigua, est longuement préparé. Plate forme de tir et affûts sont construits, moyens de levage, chevalets et palans mis en place. Au matin du 20 février, le Centaur mouille dans l'ouest en filant toute sa chaîne. Depuis le rocher, un câble de chanvre de 15 cm de diamètre est remorqué jusqu'au bateau, puis un va-et-vient mût par les cabestans du bord est établi depuis le pont jusqu'au sommet. On hisse d'abord une chèvre bêlante pour tester le dispositif, puis un premier canon pendu à la verticale, monte lentement au rythme des chants des matelots. En fin de course, la pièce d'artillerie se bloque dans les infractuosités de la falaise. James Maurice fait descendre des hommes dans des chaises de calfat au dessus de l'abîme pour libérer deux tonnes de bronze à coups de pieds et de barre à mine. A la tombée du jour, après plusieurs opérations de dégagement qui ne font miraculeusement aucune victime, le canon peut enfin être saisi. Toute la journée du lendemain, une cinquantaine de matelots, poussant, tirant, achèvent de lui faire franchir les 25 mètres qui le séparent de son affût.
Deux jours plus tard, un second canon est hissé en moitié moins de temps, cette fois en position horizontale pour le dégager plus facilement des rochers. Boulets, poudre et matériel sont hissés à la suite. James Maurice complète ses défenses par l'installation à mi-hauteur du sommet d'un poste d'artillerie armé d'un canon de 24 livres: "Hood´s battery". Puis il parfait son réseau d'échelles de cordes, restant libre de couper toute communication avec la base du rocher en quelques coups de sabre, et établit un ascenseur : demi-barrique circulant le long d'un va-et-vient et surnommée "The Mail Coach".
*(L'aquatinte ou est un procédé de gravure à l'eau forte.. Ce procédé consiste à recouvrir une plaque de métal d'une couche de poudre protectrice plus ou moins dense, puis à la plonger dans un bassin d'acide. Elle permet, grâce à l'utilisation de fines particules de résine et colophane ou bitume) saupoudrées puis chauffées, d'obtenir une surface composée de points plutôt que de traits1 par lesquels on obtient différentes tonalités de couleur)
Source: Voiles et Voiliers Numéro de juin 2014



1 Comments:
Les ouvrages des anglais ont-ils été conservés ?
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